Poèmes de Noëlle ARNOULT

 

Poèmes de Noëlle ARNOULT
 
 
CE PETIT PARIS
(Bucarest)
 
Oh, « Petit Paris » ouvrant impériales veines !…
La moindre respiration y resplendissait,
De ses lumières froufroutantes parisiennes,
Cafés de charme et hauts-de-forme un peu distraits…
 
On y parlait fort, on y parlait vrai, ces us..
Une ville joyeuse, fondée par berger,
« Bucur, Bucuresti », tel Romus, Romulus,
Un luron fort gai transhumant ses bêtes à pied.
 
Devenue Capitale, mi-siècle fidèle,
A cheval entre Valachie et Moldavie,
L’Orient à ses souliers, la tête en Tour Eiffel,
Supplantée un instant par Allemands, Iasi…
 
Entre les deux Guerres, envahie par les Français,
La voici en « Petite Entente », en hyménée,
Plus loin, onctueuse en eaux thermales d’un Palais,
Baignée de grâce à reconstruire l’ « Athénée »…
 
Dansez, dansez, tant que bombes ne meurent pas
Entre Reich, alliés, et fuyants casques pointus,
Ne nourrissez pas la peste rouge et ses rats,
IL faudra, au « Negresco », déposer vertu…
 
Digne d’Athéna, surplombant « Petit Paris »,
Un Poète-orateur, Mihail Eminescu,
Levant son verre à l’Athenaeum éblouï,
Voici Paris, voici Fréhel, folle et émue…
 
Noëlle ARNOULT
Dijon, vers 3 h,
25 Juillet 2018.
 
 
 
MENILMONTANT
 
Ménilmontant,
Le Petit Café d’Yves Montand,
Où Piaf vint souvent,
En ce « bon vieux temps »…
 
Auparavant, royaume des Glycines,
Et c’est Mozart qu’on assassine,
Lorsque cabanons tombent en ruine,
Que l’Etat prend sa dîme.
 
Les colorés jardins disparus,
Flotte un goût de déçu,
Hors des vergers perdus,
Quand Eve tend sa pomme en la rue.
 
Quelle chance eut ton père,
En cette rivière minuscule,
De caresser sa chair,
Y marchant, les pieds à l’air !
 
Quel plaisir ressentit-il,
Lorsque, d’entre ses cils,
Timide et rendu imbécile,
IL salua Edith, douce idylle !
 
Laborieux, en cet ancien café,
Résonances d’accordéon enrubanné,
S’alanguissant, fleurs séchées,
Envies de révolution et de piété…
 
Débâcle de l’Ancien Paris,
En y pensant, on y survit,
Aux charmants p’tits gars d’ici,
Et aux filles d’Antan, jolies…
 
Rousseau y fut jeté à terre par un dogue,
Cet épisode lui inspira ses monologues,
Promeneur solitaire, les Sources en vogue,
Jean-Jacques en devint philosophe, ethnologue…
 
Auparavant, la claire eau coulait drue,
Gérard de Nerval y fut enfin détendu,
Près de la Fontaine d’Aréthuse, étendu,
Baptisée en Thermidor aux blés confus…
 
Ménilmontant se logea en village,
Avant que de rejoindre la ville et ses parages,
Courtisant Belleville, ses mystérieux nuages,
O que cet heureux temps apparaît sage !…
 
A même le trottoir, musique jouait,
A toute partition, danseurs tournoyaient,
La Cour la plus coquine s’autorisaient,
Derrière les buissons, se bécotaient…
 
La Môme flamboyait de beauté,
Un Rayonnement de l’été !…
Tous hommes à ses pieds,
Benêts, prisonniers, ensorcelés…
 
Alors, tous sur les tables, grimpaient,
Tant la Prune, leur folle tête, tournait,
Quand la Brume, d’étonnement, geignait,
Que la Lune, en nuit, s’alanguissait…
 
Noëlle ARNOULT
Mercredi et Jeudi 17 novembre 2016
Bus et Dijon, 23 h.
En ce jour d’anniversaire de
Mamie Paulette Lhuillier,
partie voici presque quinze ans…
 
 
 
TOUR D’IVOIRE
 
Qui m’aimera ?…
De ma Tour d’Ivoire,
Je scrute les nuées ombragées,
Ma longue chevelure écartelée, noire,
Devenue sombre, un encensoir,
En de tristes soirs…
Comme de multiples deuils
Consommés sur, de l’amour, le seuil…
 
Ma chevelure d’offrande et de tendresse
Enchevêtrée de fleurs d’Héliotropes, abondantes,
De Lotus, Jasmins et roses odorantes,
Sera tissée d’ensorceleuses tresses
Où les onguents de l’hyménée
Se glissent, habiles vainqueurs-nés,
Me transfigurant en une puissante Circé,
Considérée comme une déesse, par Homère,
Magicienne, de par ses poisons amers,
Ayant capturé même Ulysse, épousailles pleines de fécondité…
 
Qui embrassera mon cœur,
Parfois, sous la peau nue, si lourd,
Et soulèvera mon âme d’allégresse
En comblant mon corps de douceurs
Cependant que, de la cérémonie de l’amour,
Je serai la grande prêtresse…
Nous serons, aux jaloux, rendus sourds,
Puisque, l’un de l’autre, serons dans les bras ;
Quand bien même ce n’est point pour toujours…
Celui qui désirera être mon Roi…
 
… L’Amant du Passé a fui
Envolé dans la nuit ;
L’Amoureux du Présent,
Comme le brouillard, inconsistant ;
Celui du Futur, simple Rêve ,
Ne s’apparente qu’à une trêve ;
Il nous permet, ce songe,
De croire à des mensonges,
Évite que l’on capitule,
Souhaite que l’on affabule…
 
… Mon long cou blanc,
Glorifié ainsi que dans « Le Cantique des Cantiques »,
Est prêt à recevoir tes baisers de sang,
Taches rouges, comme pacte romantique…
 
Devrais-je emprunter
L’Antique Porte d’Ivoire
Pour, aux songes trompeurs, croire,
Etre pleinement révélée,
Ainsi que l’avait fait Enée !…
Sortir ou m’enfermer
En cette Tour d’Ivoire,
Où les âmes isolées font leur histoire …
 
« Où Vigny, plus secret…
Avant midi, rentrait » ;
Là où le Poète soigne ses blessures,
Là où je peux encore garder fière allure,
Songeant au Cantique, afin que mon sein
« Soit parfumé de précieux vins » ;
Que mon corps, « recouvert de Lys et de Froment,
Présente ses deux seins, semblables à deux faons » ;
A cet abandon sensuel et total,
Où n’existe pas, de la souffrance, le mal…
 
… Au plus haut de la Tour
Me saisit l’Ivresse de « l’air pur des solitudes »,
« L’oubli dans la coupe d’or des Légendes » ;
Ainsi sommes-nous, Nerval et moi, dans nos turpitudes,
Dans le secret de nos offrandes,
Ivres de Poësie et d’Amour….
 
NOELLE ARNOULT
Vendredi 28 Décembre 2012
3 h
 
 
LES TOURNESOLS DE VAN GOGH
 
Les Tournesols de Van Gogh meurent éclaboussés
Sous les dardants, flamboyants soleils de la Terre,
Paysage aux picturaux canevas dorés
Offrant le rêve enfanté d’un dieu libertaire…
 
Transperçante oblique de l’astre descendant
Offre rutilant tapis au grand char d’Hélios,
Celui-ci habile et maître en Arts transcendants
S’épanouit directement en gouaches cosmos.
 
Cobalts, ocres, safrans, l’accueillent en Vénitien,
Illuminés de sa brillance Bouton d’Or,
Blés, maïs, accueillant ce jaune auréolin,
Extatiques, ne perdant ni sud ni aurore…
 
Saisie par cette vision brune auréolée,
Mes mains tenant le volant se tendent un instant,
A la gloire d’Anthée, idole prométhée,
En ma mémoire, illumination s’inscrivant…
 
Noëlle ARNOULT
Dijon, 19 Août 2017
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